La conclusion, parent pauvre des dissertations dans les concours d’IEP

Devoir sans conclusion, mauvaise notation !

Un candidat aux concours des IEP peut lire un peu partout, sur internet comme dans différents manuels, combien la conclusion est un passage obligé et fondamental d’une dissertation, combien il est important qu’elle comporte une sacro-sainte ouverture. Ce n’est qu’une demi-vérité et, par ricochet, une demi-légende urbaine. Ceux qui connaissent bien les épreuves de Sciences Po savent qu’une conclusion a une seule et unique fonction : conclure. Et comme Ambition Réussite s’y connaît, nous allons vous expliquer.

La conclusion et ses idées-reçues

On vous le répète depuis que vous êtes en âge de faire des dissertations, et même sans doute depuis l’école primaire où vos rédactions racontaient vos vacances en famille : il faut absolument faire une conclusion, sinon le devoir n’est pas complet, vous aurez enfreint une règle fondatrice de l’univers, les fleuves se mettront à charrier du sang et Stephenie Meyer écrira une suite à Twilight. Bref, ce sera l’apocalypse et tout ça à cause de vous. En outre, vous a-t-on rabâché dès votre plus tendre enfance, une conclusion se construit forcément en deux parties.

Dans la première moitié de la conclusion, vous devrez rappeler le sens de votre développement, c’est-à-dire reformuler hardiment en six lignes et deux minutes ce que vous venez d’écrire péniblement en six pages et deux heures. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ? Est-ce parce que votre correcteur ne sait pas lire ? Est-ce parce que les dissertations incluent un bonus en fin de parcours qui serait une épreuve de résumé ? Ou bien avez-vous accepté cette règle comme telle, simplement du seul fait de son existence, sans la remettre en question (auquel cas c’est très bien, les rebelles réussissent rarement leurs études, surtout au lycée) ?

Dans la seconde moitié de la conclusion, la doxa vous commande d’ouvrir le sujet, un peu comme on élargit un prisonnier de guerre ou comme on prend une respiration après une apnée de trois heures. Vous n’êtes pas supposé quitter l’énoncé, mais un peu quand même, et vous ne devez pas partir hors-sujet, quoiqu’à petite dose. Comprenne qui pourra !

Sans commentaire...

Si la conclusion doit ouvrir, le développement doit-il restreindre ?

Pourquoi Sciences Po a une approche partiellement différente de la conclusion

Les règles canoniques de la dissertation en matière littéraire viennent de l’Université et de l’École normale supérieure. Elles sont donc très réfléchies, bien plus naturellement que les sarcasmes du paragraphe précédent le laissent penser. Ce sont des commandements immuables et sacrés.

Ces commandements ne sont pas essentiels pour entrer à Sciences Po.

Moïse recueillant les règles de la dissertation en trois parties, avec une conclusion et une ouverture, mais ce n’est pas votre problème.

Néanmoins, il y a un problème : vous ne souhaitez pas rejoindre la rue d’Ulm, sinon vous étudieriez avec application en hypokhâgne, et vous ne voulez pas aller à la fac, sinon vous seriez en train de regarder une vidéo de chatons sur Youtube au lieu de lire ce billet. Les règles habituelles sont donc très jolies et très respectables, mais elles ne régissent pas la partie que vous vous préparez à jouer. Vous, ce que vous voulez, c’est Sciences Po. Et breaking news, les choses ne se déroulent pas tout à fait dans les mêmes traditions.

De la même façon que Zeus naquit jadis des amours incestueux de Chronos et de Rhéa, Sciences Po trouve son origine des relations coupables des humanités et des facultés de droit. On ne choisit pas ses parents ; on hérite leurs qualités et leurs défauts. Or la faculté de droit en possède beaucoup (des premiers comme des seconds) et, hasard, la conclusion est justement l’une de ses spécificités. En droit, on disserte, on réfléchit, on rédige et… on ne fait pas de conclusion ! La rigueur juridique considère qu’une thèse correctement défendue se suffit à elle-même et que le lecteur, dont le temps est précieux, n’a que faire d’une synthèse rabougrie placée en queue de copie.

Quelles leçons en tirer au moment de rédiger votre conclusion ?

Que déduire de tout ceci au moment de vous pencher sur votre copie de concours presque achevée et d’en rédiger une conclusion ? A mi-chemin entre l’Université de lettres et la Faculté de droit, votre conclusion aura une seule ambition : conclure votre devoir.

1/ La conclusion doit être présente, car pour l’histoire aussi bien que pour la culture générale, ce n’est peut-être pas un juriste qui vous corrigera. Il serait dangereux de l’éliminer sans autre forme de procès. De plus, un correcteur pressé appréciera de constater que votre présentation mentionne une fin du devoir.

2/ La conclusion doit s’inspirer autant que possible de la description que faisait Napoléon Bonaparte de la Constitution de l’An VIII : courte et obscure. Vous ne gagnerez rien à délayer. Votre correcteur voit que vous avez conclu ; c’est une information suffisante en soi. Vous n’accrocherez aucun point supplémentaire en résumant longuement votre propos, bien au contraire.

3/ Fuyez comme la peste l’idée d’une ouverture. Il ne peut en résulter que du mal : vous allez introduire une nouvelle idée que vous ne discuterez pas, vous allez remettre en cause la définition des termes du sujet formulée en introduction ; vous allez basculer dans la voyance en évoquant les événements postérieurs au sujet ; vous allez raconter n’importe quoi pour faire l’intéressant et pour paraître finalement stupide. La conclusion sert à signifier au lecteur que vous avez fini. C’est tout. Inutile d’y consacrer des heures ou d’en ciseler chaque phrase au brouillon. Ne donnez pas au correcteur, justement, une bonne raison de vous ouvrir en deux !

La philosophie profonde de la conclusion est contenue dans la règle n°11 de l’agent Gibbs, le héros de la série NCIS : Quand le boulot est fini, tire-toi. C’est un excellent conseil. Quand votre dissertation est bouclée, relisez-là et partez après deux lignes de conclusion.

Conclusion courte et obscure, tel est votre objectif !

Quand le devoir est fini, partez. Ne cherchez pas à enluminer la conclusion de dorures !