Game of Thrones: pourquoi un tel engouement dans les IEP?

Game of Thrones et les IEP

Si Game of Thrones rencontre un succès mondial, il ne se dément pas au sein des IEP. Et il ne concerne pas que les élèves. Les professeurs y font souvent référence, via une métaphore, pour illustrer une partie de leurs cours, mais également pour se rendre sympathique auprès des étudiants. Cette série reste un moyen ludique d’étudier l’histoire de la pensée politique. Essayons de comprendre pourquoi un tel engouement.

Game of Thrones: Un jeu de pouvoir, une multitude d’intrigues

 

Bien évidemment, si la politique vous barbe profondément, il semble difficile de comprendre ce que vous faites dans un IEP.  Cela ne veut pas dire que vous voulez y faire carrière. Toutefois, on vous y apprend mieux que n’importe où à savoir comment mener une stratégie, dans le but de conquérir le pouvoir. A défaut de le désirer, tout au moins, le chemin qui y conduit égaye la curiosité des étudiants de Sciences Po. Savoir comment la théorie des petits cercles de Mitterrand, aboutissant à la constitution d’un grand cercle, lui permit d’accéder à l’Elysée, continue chaque année à passionner des centaines d’élèves au sein des IEP. House of Cards ou Game of Thrones proposent des intrigues, menées par des personnages cyniques. Le héros laisse place à un homme politique dans toute sa complexité, celle de sa famille politique, et de la politique en général. Le mélange des genres devient troublant lorsque les hommes politiques eux-mêmes y font référence.

 

Autant de maisons et d’histoires que de partis politiques. Autant d’ententes que de trahisons. La compréhension de Game of Thrones nécessite une vision d’ensemble difficile. Un étudiant à l’IEP vit la même chose, essayant de comprendre la politique. Il doit, pour pouvoir comprendre le monde qui l’entoure, connaître l’ensemble des forces en présence, le passé de chaque famille politique, l’historique des relations entre les différents acteurs.

 

 

Un mix entre Machiavel, Bourdieu, Hegel, Weber, Conan le Barbare, et Marc Dorcel

 

Game of Thrones offre de nombreux exemples permettant d’illustrer le Prince de Machiavel. Cela reste un ouvrage incontournable durant les études à Sciences Po, pour sa richesse et son influence à travers l’histoire. On y apprend la realpolitik. On s’aperçoit aussi, comme dans Game of Thrones, que l’on « commence la guerre quand on veut. On la termine quand on peut ». Enfin, à l’instar des conseils donnés par l’auteur au prince florentin, dans Game of Thrones également, le meilleur moyen de créer l’unité, c’est d’avoir un ennemi commun. La lutte pour le pouvoir conduit à la recherche d’un monopole de la violence, présente dans le Prince, et que l’on retrouve chez Weber, Elias, ou Hobbes.

 

On eut également voir dans la série une illustration d’un autre penseur incontournable à Sciences Po: Pierre Bourdieu. En effet, Game of Thrones compile la lutte pour l’hégémonie, le désir d’un homme d’améliorer la situation de sa famille au détriment de ses plaisirs personnels, ou encore l’importance de la bureaucratie, susceptible comme Littlefinger d’accéder au pouvoir. D’ailleurs, les manigances au sein du palais et l’influence du Conseil restreint, font référence à la dialectique du maître et de l’esclave d’Hegel.

 

Pour que tout ceci soit plus digeste et grand public, les scénaristes enrobent le tout avec une scène de fesses et un assassinat sanglant à un rythme susceptible de concurrencer à la fois Conan le Barbare et Marc Dorcel.

 

Un cours de géopolitique grandeur nature

 

Différentes maisons se partagent le territoire de Westeros, autour de la capitale, Port Réal. Chacun est détenu par une maison, comparable à une monarchie. Le status quo de départ repose sur un accord de paix fragile, dans lequel chaque maison trouve son intérêt. La mort du roi met le feu au poudre de la région, entraînant une réaction en chaîne. Finalement, La lutte contre les Lannister rappelle par sa complexité les relations entre Israël et ses voisins, nous faisant oublier que Jérusalem signifie « ville de la paix ».

 

 

Game of Thrones, un reflet de la société?

 

Les étudiants des IEP essaient souvent de voir dans leurs lectures, les films ou les séries qu’ils affectionnent, en quoi ils constituent des reflets de la société. Formatés à l’esprit Sciences Po, ils problématisent et conceptualisent à peu près tout, y compris leur préférence pour le ricard ou le 51 (bon, ça, c’est généralement à une heure avancée de la nuit…ou du Crit). Effectivement, si l’on devait expliquer l’évolution de la société par le passage d’Heidi ou la petite maison dans la prairie à House of Cards et Game of Thrones, d’ici dix ans, avoir la vie sexuelle de Guy Georges deviendrait la norme.

 

 

Pourquoi certaines comparaisons entre des dirigeants politiques et des personnages de Game of Thrones ne fonctionnent pas?

 

Il est de bon ton dans les IEP de faire correspondre un des personnages de Game of Thrones à un homme ou une femme politique. Les Américains et les Anglais s’amusent aussi à ce jeu.  Libération s’était d’ailleurs amusé à faire le parallèle. Si des similitudes peuvent être trouvées, elles ne tiennent pas. Cela reste de la fiction. Tâchons de démontrer en quoi les principales comparaisons faites sont fausses.

 

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’est pas Tyrion Lannister? Parce qu’il ne paie pas toujours ses dettes.

ump

 

Pourquoi Marion Maréchal le Pen n’est pas Daenerys Targaryen? Parce que c’est sa tata qui a les dragons.

fn

 

Pourquoi François Hollande n’est pas Varys? Parce qu’en 2017, winter is coming.

ps

Pourquoi François Bayrou n’est pas un Tyrell? Parce qu’il n’a pas d’armée, ni les moyens d’en lever une.

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