Histoire: Les relations franco allemandes depuis 1945

Les relations franco allemandes

Ce sujet d’histoire était plus rattaché à l’ancien programme du concours commun. Toutefois, le sujet de 2016 invite à la prudence et à couvrir tout le champ des possibles depuis 1945. Au delà du fond, il est intéressant de s’inspirer de la forme, typique de ce que vous demandera le correcteur d’histoire aux différents concours Sciences Po.

 

 

« La nation française ne peut continuer à jouer un rôle important dans le monde qu’en démolissant l’Allemagne », a écrit Hitler dans Mein Kampf. Tout le demi-siècle écoulé a été traversé de l’ambition de démentir cette affirmation.

Dans le camp occidental sans totalement y accepter l’hégémonie américaine, la France se doit de mettre de coté le passé et de restaurer des relations bilatérales avec l’ennemi de jadis. Cette réconciliation a pour cadre privilégié la Communauté européenne, qui voit s’épanouir le dialogue entre Paris et Bonn – puis Berlin.

Pourtant, cette coopération s’entame alors que chacun poursuit un but propre, la restauration d’une puissance emportée par la Seconde Guerre mondiale. La France voit dans l’Europe le moyen de restaurer son rang mondial, l’Allemagne celui de retrouver sa dignité parmi les nations. Est-ce à dire que l’alliance n’est rendue possible que par la faiblesse, dans l’attente du retour de la puissance ?

L’immédiat après-guerre voit les gouvernements et les populations panser leurs plaies, oublier leurs griefs (I). Avec le traité de l’Elysée qui témoigne d’une réconciliation bilatérale, les deux Etats deviennent le moteur de la construction européenne (II). Paradoxalement, le succès de l’institution de l’Union européenne laisse l’axe franco-allemand en manque de projet commun à mener, en quête de redéfinition pour lui-même et pour le continent (III).

 

I. De l’occupation à la réconciliation (1945-1963)


 

 A. Affaiblir et diviser l’Allemagne

  • Après deux guerres mondiales l’opposant à l’Allemagne, la diplomatie française entend démanteler l’Allemagne pour lui interdire de jamais reconstituer sa puissance. La France rédige un plan tendant à diviser l’Allemagne en une multitude de petits Etats indépendants, puis elle réclame l’annexion de la Sarre. Parallèlement, elle obtient in extremis une zone d’occupation, dont elle use afin de mettre en œuvre cet objectif d’affaiblissement.
  • Si le projet français n’est pas pris en considération par les Américains, qui souhaitent au contraire construire un Etat fort pour résister à l’avancée soviétique, la constitution des blocs de la guerre froide conduit à séparer l’Allemagne en deux Etats distincts, RFA et RDA.

 

B. Une réconciliation encore incomplète

  • L’Allemagne occidentale cherche à faire oublier le passé et à se présenter comme un Etat « normal ». L’opinion française devient peu à peu disposée à envisager un rapprochement avec nos voisins d’outre-Rhin, et dès le 9 mai 1950 Robert Schuman fait une déclaration proposant une Communauté européenne du Charbon et de l’Acier, réalisée en 1951. Ce qui était inimaginable quelques années auparavant est devenu réalité, grâce à l’enthousiasme d’hommes tels que Monnet, Schuman, Adenauer, Spaak, de Gaspari.
  • Cependant, toutes les méfiances n’ont pas disparu : le 30 août 1954, l’Assemblée nationale rejette le projet de Communauté européenne de Défense, qui aurait permis le réarmement allemand dans le cadre d’une Europe politique. L’Europe politique en est stoppée jusqu’en 1992, mais les adversaires du réarmement de la RFA en sont quittes pour la voir intégrer l’OTAN l’année suivante.
  • Si l’Europe politique connaît un coup d’arrêt, ce n’est pas pour autant la fin de l’Europe : le traité de Rome est signé en 1957, créant la CEE et le Marché commun.

 

 

II. La longue marche vers l’Union (1963-1992)


 

A. La mise en place du « couple franco-allemand »

  • Bien que de Gaulle et le chancelier Adenauer divergent sur un certain nombre de sujets (la relation avec les Etats-Unis et l’OTAN notamment), les deux hommes s’entendent bien et décident de resserrer les liens entre leurs pays. En 1963 est signé le capital traité de l’Elysée, matrice du couple franco-allemand. Les manifestations concrètes, jusqu’aujourd’hui, de cette coopération sont nombreuses : jumelages, création de l’Office franco-allemand de la jeunesse, programme Airbus, chaîne de télévision Arte, brigade franco-allemande, lanceur Ariane, etc. Désormais, rien d’important ne peut se faire en Europe qui ne recueille l’assentiment des deux partenaires, lesquels s’engagent à se consulter sur tous les sujets importants. Des couples harmonieux se forment : de Gaulle/Adenauer, Giscard/Schmidt, Mitterrand/Kohl.
  • Des efforts sont faits de part et d’autre pour modifier les représentations de l’autre. Les commémorations des guerres sont infléchies afin de favoriser la réconciliation, et les manuels d’histoire sont revus.
  • Le miracle économique allemand devient la locomotive productrice du continent. Dans les années 1980, le franc est de plus en plus aligné sur le mark dans le cadre de la politique de désinflation compétitive.
  • Cette coopération ne concerne que l’Allemagne occidentale, et jusqu’en 1989 les relations de la France avec la RDA sont quasi-nulles. Seule l’Ostpolitik offre quelque peu l’occasion d’un rapprochement.

 

 

B. La réunification et l’Union

  • En 1989, le mur de Berlin s’effondre, et le chancelier Kohl annonce la réunification à venir de l’Allemagne. Se profile ainsi la perspective d’une Allemagne à la puissance retrouvée, recentrée vers l’Est. La diplomatie française, comme britannique du reste, sont circonspectes face à cette évolution. Ne va-t-on pas voir renaître les tentations expansionnistes de Berlin ? Mais l’histoire nous apprend que ce que l’on ne peut empêcher, il faut l’encourager, et ce fut sous condition la poisition de la France en 1989.
  • Le président François Mitterrand et Margareth Thatcher imposent à Helmut Kohl l’approfondissement de la construction européenne comme condition à leur feu vert concernant la réunification (traité 2+4). Il s’agit de compenser le regain de puissance allemande par un « filet » qui l’enserrerait. L’Allemagne y consent : le projet européen est pour elle, depuis l’origine, l’occasion de retrouver un caractère présentable sur la scène internationale.
  • L’unification économique et monétaire se fait d’ailleurs sur les bases de l’économie allemande. C’est le deutsche Mark qui coule les fondations de l’écu puis de l’euro, et la deutsche Bank qui impose ses statuts et ses objectifs à la nouvelle banque centrale européenne.

 

 

III. L’essoufflement du moteur de l’Union (1992-20??)


 

A. La disharmonie des exécutifs

  • La création de l’Union européenne marque l’aboutissement du rapprochement franco-allemand, mais aussi une rupture dans la succession des couples heureux. Jacques Chirac et Helmut Kohl ne s’entendent pas, et l’arrivée aux affaires de Gerhard Schröder n’améliore pas la relation. La persistance de la crise économique, qui met les deux pays en concurrence directe et les placent tous deux devant Bruxelles pour déficits excessifs, renforce la défiance réciproque.
  • Paradoxalement, c’est sur la politique internationale et le lien atlantique que la symbiose renaît. France et Allemagne contribuent à la riposte de l’OTAN en Afghanistan en 2001. Les deux pays se dressent ensemble contre les ambitions d’invasion de l’Irak en 2003 : Paris oppose son veto devant le Conseil de Sécurité de l’ONU avec le soutien de Berlin pour lequel il soutient un statut privilégié de membre semi permanent.

 

 

B. Approfondir l’Union : la concurrence britannique

  • Avec l’émergence de l’Union européenne, le volet économique de l’intégration continentale est quasiment terminé. Le Pacte de Stabilité et de Croissance (1996/7), le traité d’Amsterdam et le traité de Nice sont conclus dans une logique où l’enthousiasme fait défaut.
  • La France souhaite maintenant faire progresser l’Europe politique et militaire, mais cette ambition appelle le soutien de Londres plus que celui de Berlin. Le sommet de Saint-Malo (1998) et les missions de Petersberg sont accueillis avec réticence par l’Allemagne, qui voit une polarisation de l’UE par la politique étrangère française. L’émergence d’une défense européenne se complique encore du fait de l’attitude ambiguë de Londres face à Washington.
  • L’élargissement à l’Est et le refus de l’Union pour la Méditerranée procèdent de la même logique – conserver une orientation résolument européenne, résolument économique. Sarkozy et Merkel s’apprécient peu ; pourtant les échecs institutionnels successifs requièrent une relance forte du couple franco-allemand.

Le Brexit, au regard de cette dernière sous partie, peut servir d’ouverture, tant l’Europe ressemble de plus en plus à l’ancienne Mitteleuropa