Corrigé épreuve d’histoire concours Sciences Po Paris 2017

totalitarisme

L’épreuve d’histoire du concours d’entrée en collège universitaire de Sciences Po Paris pour l’année 2017 ne contenait aucun piège. Beaucoup espéraient les totalitarismes, il est tombé.

La Ve République n’était pas encore tombée non plus, il fallait s’y attendre un jour. Une nouvelle mouture du concours, avec des sujets plus sélectifs, devrait rapidement voir le jour. A défaut, Sciences Po risquera de voir des élèves arriver par la voie du recrutement en master meilleurs que ceux qui fréquentent la rue St Guillaume depuis la 1ere année. Ce serait un comble pour l’institution, mais le fruit de leur procédure de recrutement. Aujourd’hui, objectivement, il est plus difficile de réussir l’épreuve d’histoire du concours commun des IEP de province. Les intitulés des sujets depuis 2013 en témoignent. Voici une proposition de plans détaillés pour les deux sujets de composition.

 

Stratégiquement, à titre personnel, j’aurais pris le sujet sur la nouvelle République…Parce que peu de personnes l’ont choisi. Parce qu’il était à mon humble avis plus facile de se démarquer. Parce que le plan était plus simple à faire. Parce qu’il y avait moins de choses à dire, par conséquent le correcteur risquait moins de nous reprocher un oubli quelconque. Conscient que vous n’aviez que 2h30 pour faire votre composition, les plans pouvaient ressembler à ce qui suit. Je m’adresse à mes élèves: vous aviez ce corrigé en amont, donc aucune excuse 😉

 

Une nouvelle République (1958-1962)

 

Commençons tout d’abord par une brève analyse du sujet. Le terme « Nouvelle » interpelle. il invite, lorsque l’on traite la Ve, à la comparer aux précédentes, à montrer en quoi elle rompt avec les deux précédentes. D’ailleurs, si l’on regarde la conception du programme de 1ere, c’est dans ce but qu’elle est enseignée. L’aborder uniquement jusqu’en 1962 colle à deux objectifs:

  • Faire en sorte de pouvoir traiter 3 républiques en quelques heures de cours de première
  • Se focaliser sur la forme du régime et sa pratique.

 

En prenant en compte ces éléments, nous avons déjà une idée de la manière dont nous allons aborder le sujet. Voici ce que cela peut donner.

 

Introduction

Accroche : « La République ! Il fut un temps où elle était reniée par les partis eux-mêmes. Alors moi, j’ai redressé ses armes, ses lois, son nom » CDG

Cette accroche, du père de la Ve, nous permet d’engager le débat. Ses détracteurs allaient jusqu’à parler de « coup d’Etat permanent« . De Gaulle y souligne aussi « la dictature des partis », à l’origine selon lui de l’échec de la IIIe et de la IVe, qu’il veut supprimer en changeant les modes de scrutin.

 

Bornage dans le temps: On peut commencer dans l’intro à faire référence à la crise du 13 mai 1958, qui explique la nomination du Général et la nécessité de changer de République. On doit s’arrêter à deux événements de 1962, à savoir bien évidemment le référendum qui modifie totalement la Ve, mais également la dissolution qui marque une rupture avec la crise du 16 mai 1877.

Problématique : La Ve est elle une nouvelle république qui rompt avec les précédentes ou une monarchie républicaine ?

 

I.            Un texte gaulliste

1. Une République, costume d’un homme légitime, chargé de redresser un régime qui ne l’est plus

 

  • La crise du 13 mai 1958
  • De Gaulle est l’Homme providentiel. Une République taillée pour un homme. L’esprit de Bayeux
  • Ratifiée par 80 % des français à la date symbolique du 4 septembre 1958, là où la IVe n’avait réuni qu’un tiers des Français

 

 2. Un président renforcé, une bipolarisation de la vie politique

 

  • On le voit à l’ordre des articles dans la constitution, après de la Souveraineté, vient le Président.
  • Des pouvoirs régaliens : article 11, article 16, nomme et révoque gouvernement et premier ministre, chef des armées, ne peut être démis de ses fonctions, droit de grâce.
  • Scrutin uninominal à 2 tours pour les législatives à bipolarisation et fin de la « dictature des partis »

 

3. Le pouvoir législatif est limité au profit de l’exécutif

 

  • Bicamérisme
  • Possibilité pour le président de dissoudre l’Assemblée
  • Fixation de l’ordre du jour
  • 49.3

 

II.          Une pratique gaullienne du pouvoir

 

1. « Le pouvoir ne se partage pas »

 

  • Une relation directe avec le peuple. Par les médias, par le référendum. De Gaulle, c’est L’Homme du 18 juin. A un contact particulier entretenu avec le peuple : utilise les médias de masse : plus de 40 interventions radiotélévisées entre 1958 et 1962
  • Le rétablissement de l’autorité : utilisation de l’article 16 et renvoi de Debré
  • Le président a des « domaines réservés » (Jacques Chaban Delmas en 1959) : défense et affaires étrangères

 

2. 1962 : le régime devient présidentialiste

 

  • La dissolution de 1962 cristallise les critiques à l’égard du régime et le changement profond des rapports de force entre exécutif et législatif
  • Référendum 1962
  • Bipolarisation de la vie politique renforcée

3. Une République qui affirme aussi son autorité à l’étranger

 

  • Une République qui règle le problème algérien et la décolonisation
  • Une République qui affirme sa singularité dans un contexte de Guerre froide
  • Une République qui assoit sa souveraineté dans la construction européenne

 

Les régimes totalitaires dans l’entre deux guerres: genèse, points communs, spécificités.

 

Il fallait à mon avis éviter de traiter le sujet ainsi: 1. genèse 2. points communs. 3. spécificités. Cela correspond à un plan de cours, mais pas à une composition censée répondre à une problématique.

 

Introduction

Accroche: Privilégier une citation d’Hannah Arendt illustrant au mieux l’idée que vous allez défendre. Vous en trouverez à la pelle.

Définition des termes du sujet: régime à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée et dans lequel l’État tend à confisquer la totalité des activités de la société.

Bornage: L’arrivée de Staline en URSS, l’arrivée d’Hitler en Allemagne, les lois fascistissimes en Italie.

Problématique: Comment un terme peut désigner des régimes si différents, et faire du XXe un siècle d’excès ?

 

I. Un Empire, un culte, un chef

 

 1. Un chef

  • Culte de la personnalité
  • Concentration des pouvoirs
  • Chef charismatique

 

2. Un Encadrement des esprits depuis le plus jeune âge

  • Embrigadement de la jeunesse
  • Censure, contrôle de l’information
  • Propagande

3. Les idéologies et les volontés de conquête territoriale divergent

  • Idéologies radicalement différentes
  • Des volontés de conquête différentes
  • Tensions entre les 3 grands

 

II. Des régimes nés dans la défaite niant l’individu jusqu’à l’effondrement

 

1. Des ascensions au pouvoir qui n’ont que la crise en commun, des chutes divergentes

  • Ils arrivent au pouvoir après une crise éco et pol
  • Des arrivées au pouvoir différentes
  • Des fins différentes

 

2. Une privation de liberté

  • Terreur
  • Camps de concentration
  • Restriction des libertés / Police politique

3. Une dictature politique

  • Parti unique
  • Absence de libertés politiques
  • Idéologies radicales

 

III. Un totalitarisme dans tous les domaines de l’action politique 

 

1. Si les totalitarismes s’appuient sur les masses, ils se caractérisent par un rejet d’une partie de la population

  • Bénéficient d’un soutien populaire
  • Exercent un racisme différent (les juifs pour les uns, les bourgeois pour les autres)

Si l’on retrouve des nationalisations et des grands travaux dans les trois, leurs politiques économiques sont radicalement opposées

  • Aspirations économiques
  • Isolationnisme international
  • Protectionnisme

3. Bien qu’un Etat fort et présent partout doive également l’être dans l’économie

  • Développement de l’Etat
  • Nationalisations et grands travaux
  • Baisse du chômage
  • Nouvelles infrastructures