L’élection présidentielle (1965-2017)

Beaucoup de candidats au concours commun des IEP surinvestissent dans la maîtrise des thématiques internationales – combien auraient juré composer sur la Chine lors de l’édition 2016 du concours ? – et délaissent les volets de politique intérieure du programme, qui pourtant tombent statistiquement une fois sur deux. La politique institutionnelle pour la première fois depuis longtemps en 2017 ? Ce n’est évidemment pas une certitude, mais les événements que viennent de vivre les Français ces dernières semaines, avec la victoire d’Emmanuel Macron dans l’élection présidentielle, ont dû, pour le moins, interroger les jeunes lycéens et étudiants qui frappent à la porte de Sciences Po.

Ambition Réussite vous offre un plan détaillé en guise de correction de cette dissertation dans l’air du temps. Il est typique des IEP en ce qu’il vous demande de dépasser le premier niveau de lecture. En effet, si vous avez scrupuleusement appris les cours qui vous ont été dispensés au cours de l’année, il sera tentant de dérouler l’ensemble de vos connaissances et de raconter, l’une après l’autre, le déroulement des élections présidentielles successives. Or ce serait une sortie de route de premier ordre ! Souvenez-vous : il faut réfléchir et non raconter. On attend de vous une compréhension du mécanisme de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, non une compilation des différentes oppositions qui se tinrent tous les sept ou cinq ans. Vous devrez expliquer ce que change ce mécanisme et ce qu’il induit, son mécanisme mais aussi ses effets sur l’ensemble des institutions.

Alors que le sujet s’étire sur une longue période, un plan chronologique n’est pas forcément une bonne idée puisqu’il oriente votre développement vers une récitation et vous amène à flirter avec le hors sujet. Nous préférons donc un plan thématique qui ne laissera aucun doute au correcteur quant à votre bonne compréhension des enjeux.

 

L’élection présidentielle (1965-2017)

 

Introduction

Accroche : La tradition républicaine se défie de l’élection directe du titulaire du pouvoir exécutif depuis que Louis-Napoléon Bonaparte, unique président de l’éphémère IIe République, fomenta le coup d’État du 2 décembre 1851 qui précipita son accession à l’Empire. Depuis lors, on s’était attaché à éviter que, selon le mot de Lamartine, « Dieu et le peuple prononcent ».

Définition et bornage du sujet : Le 28 octobre 1962, les Français décidaient par référendum que le Président de la République serait désormais élu au suffrage universel direct dans un scrutin majoritaire à deux tours. Depuis cette date, dix consultations ont été organisées pour désigner celui qui tiendrait les destinées de la France, de Charles de Gaulle en 1965 à Emmanuel Macron en 2017. Dans le système semi-présidentiel de la Ve République, la présidentielle est l’élection reine : bien que la Constitution organise la séparation des pouvoirs, sa pratique concentre les pouvoirs dans la fonction présidentielle.

Problématique : Pourquoi l’élection du Président de la République au suffrage universel direct détermine-t-elle l’ensemble de la vie politique française ?

Annonce de plan : L’élection au suffrage universel direct confère au Président de la République une prépondérance sur les autres organes constitutionnels (I). Elle structure également la vie politique et partisane en assurant la domination sans partage du chef de l’État (II).

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I Un Président sans rival sur la scène politique

A Le monarque républicain

               1/ Des pouvoirs considérables

Dissolution, référendum, pouvoirs spéciaux, choix du Premier ministre

Une responsabilité devant le peuple théorique après 1969

               2/ Une légitimité incomparable

Le seul élu de toute la Nation

Une élection par la majorité absolue des Français

B Des contre-pouvoirs rabaissés

               1/ Un Premier ministre simple collaborateur

Un homme nommé et révoqué par le Président…

… Dont les pouvoirs sont exercés en pratique sur ordre du chef de l’État

               2/ Un Parlement discipliné

Le parlementarisme rationalisé par la Constitution

Une seule révolte matée par la dissolution de 1962

 

II Une vie politique déterminée par l’élection présidentielle

A Une bipolarisation induite par l’élection à deux tours

               1/ La bipolarisation de la vie politique

Deux candidats seulement au second tour, soit deux camps

Une structuration gauche/droite qui marginalise les partis tiers

               2/ La personnalisation de la vie politique

Les candidats sont les chefs des partis

Les partis à logique parlementaire (PCF, radicaux) balayés

B Les élections législatives neutralisées

               1/ Un effet d’entraînement de la présidentielle

Un nouveau président n’est jamais minoritaire à l’Assemblée

Il peut dissoudre l’Assemblée pour obtenir sa majorité

               2/ La parenthèse des cohabitations (jamais en début de mandat du Président)

Une pratique imprévue des institutions…

… rendue très improbable par le quinquennat et l’alignement des élections

 

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Conclusion

Parce qu’il est désigné au suffrage universel direct dans le cadre d’une élection à deux tours, le Président de la République ne connaît aucun rival institutionnel dans le système politique français. Son échec n’est jamais sanctionné que par l’impopularité et dans les élections locales. Sa responsabilité n’apparaît finalement que dans l’élection présidentielle suivante, quand son bilan assure sa défaite ou empêche sa candidature.

Pour en savoir plus et réviser devant son écran, l’excellent documentaire « La Ve République et ses monarques » :