Les États-Unis et le monde depuis 1945

Obama, président des États-Unis, Nobel de la Paix

Les États-Unis et le monde depuis 1945… Le moins que l’on puisse dire du sujet d’histoire proposé cette année par le concours commun des IEP, c’est qu’il ne désarçonnera personne. On ne devrait logiquement pas assister au concert de larmes qui avait émaillé la sortie des salles d’examen l’an dernier, quand la guerre d’Algérie s’était invitée au programme. En revanche et comme d’habitude, les fans de Mao et les amoureux du Proche-Orient ont dû connaitre une belle déception.

Il n’y a pas de mystère et encore moins de stratégie particulière pour se confronter à l’épreuve : tout le programme doit être maîtrisé, sans exception, car les Institut d’Études Politiques de province ne cèdent pas aux effets de mode.

Que penser, alors, de cet énoncé ? Deux choses : d’une part, il est d’une simplicité et d’un classicisme absolus ; d’autre part, il va être difficile de se distinguer en produisant des connaissances pointues et un plan original. Il va falloir éviter un dérapage incontrôlé et vérifier l’exactitude de tout ce qui est avancé. En conséquence, et comme l’épreuve de questions contemporaines n’était pas, non plus, excessivement sélective a priori, attendez-vous à ce que les langues vivantes soient juges de paix cette année. En tous cas, les premiers échos témoignent d’une grande confiance des candidats – confiance d’ailleurs peut-être excessive.

https://twitter.com/VCamille_/status/865932994900631552

Comme l’an dernier, Ambition Réussite vous offre la correction du sujet – qui, comme fréquemment, avait été traité par nos équipes en classe préparatoire. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire si vous nourrissez des espérances pour une prochaine édition… Si la contradiction entre défense des valeurs et sauvegarde des intérêts apparaît inévitable en problématique, nous retenons un plan chronologique en évitant la césure de 1989, trop évidente, pour privilégier trois parties autour du temps de la superpuissance (I), du temps de la contestation (II) et du temps de l’hyperpuissance (III). Bon corrigé !

*

*    *

Les États-Unis et le monde depuis 1945

 

Accroche : « Notre stratégie de sécurité nationale est donc fondée sur l’objectif d’élargir la communauté des démocraties de marché tout en dissuadant et en limitant la gamme des menaces qui pèsent sur notre nation, nos alliés et nos intérêts. » Ainsi l’ancien président américain Bill Clinton définissait-il l’ambition des États-Unis dans les relations internationales !

Définition et bornage : Supergrand à la capitulation des puissances de l’Axe et seul rival de l’Union soviétique en 1945, l’Amérique abandonne son isolationnisme d’entre-deux-guerres. Endossant les valeurs du libéralisme politique et économique, les États-Unis prennent la tête du bloc occidental dans la Guerre froide et au-delà, tantôt en bonne intelligence avec leurs alliés, tantôt unilatéralement et sans grande considération pour le droit international. Cette continuelle prédominance semble pourtant remise en cause en 2016 par l’élection à la présidence de Donald Trump, qui affirme « ne pas vouloir être président du monde ».

Problématique : L’intervention américaine dans les affaires du monde, qui se prévaut toujours d’objectifs généreux et libéraux, vise avant tout à la protection des intérêts des États-Unis.

Annonce de plan : De 1945 à 1962, la superpuissance américaine s’exprime dans un affrontement serré avec l’URSS (I). De 1962 à 1980, les États-Unis voient leur modèle contesté et leur prépondérance mise à mal (II). L’élection de Ronald Reagan marque les débuts d’une domination qui n’admet que partiellement de s’inscrire dans le multilatéralisme (III).

*

*    *

I. 1945-1962: Une superpuissance

1/ La responsabilité d’une grande puissance

  • Défense des valeurs du libéralisme dans un monde à reconstruire à Création de la CIA, création de l’ONU
  • Hiroshima montre l’acquisition de la force nucléaire
  • Pactomanie et recherche d’alliés (Rio 1947, OTAN 1949, Manille 1954, Bagdad 1955)
  • Le Plan Marshall permet le soutien et la reconstruction de l’Europe de l’ouest
  • Intervention sur tous les fronts de la Guerre froide (Indochine, Palestine), jusqu’au bras de fer (crise de Cuba, blocus de Berlin, érection du Mur)

2/ Une puissance économique et culturelle

  • Les accords de Bretton Woods ouvrent le règne du dollar sur les échanges internationaux
  • Détention du stock d’or mondial + puissance économique en période de forte croissance
  • Le GATT promeut le libre-échange et l’abaissement des barrières douanières
  • L’American way of life et la société de consommation s’imposent dans le monde libre

II. 1962-1980: Une puissance contestée, à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières

1/ De la détente au recul de la puissance

  • Nécessité d’une détente après la crise de Cuba, passage de la doctrine des représailles massives à la riposte graduée
  • Un retard dans la course à l’espace devant le Spoutnik, malgré l’alunissage de 1969
  • L’échec du Vietnam entache à la fois la puissance et la réputation (condamnation internationale, tensions dans le peuple américain)
  • 1970’s : un exécutif affaibli (démission de Nixon, politique des bons sentiments de Carter)
  • Les États-Unis impuissants face à la révolution iranienne

2/ Un modèle critiqué, une économie moins florissante

  • Perte d’hégémonie sur l’Europe de l’ouest (France gaulliste, Ostpolitik allemande)
  • Critique par le Tiers Monde
  • Fin de la convertibilité du dollar en or décidée par Nixon
  • Fin des Trente Glorieuses, crise économique et choc pétrolier qui fait apparaître le chômage

III. 1980-2016 : De l’hyperpuissance au multilatéralisme

1/ 1980-2001: Une hyperpuissance ?

  • America is back avec l’élection de Reagan et la lutte contre l’empire du mal
  • La disparition de l’ennemi soviétique laisse les États-Unis hyperpuissance, détenteurs de tous les volets de la puissance (militaire, économique, culturelle, etc.).
  • La volonté d’un nouvel ordre mondial régi par le droit (guerre du Golfe, Somalie, Yougolavie)
  • Volonté de résoudre le conflit israélo-palestinien (Accords d’Oslo)
  • Défense des intérêts américains, fût-ce sans le soutien de l’ONU (Kosovo)

2/ 2001-2016: L’échec du néo-conservatisme

  • Le 11 septembre 2001 est la première attaque contre le territoire depuis Pearl Harbour
  • La « nouvelle croisade de Bush », d’abord soutenue en Afghanistan, divise les Alliés en Irak
  • Un monde multipolaire émerge avec le réveil de la puissance asiatique, la réémergence de la Russie et la contestation de la prépondérance américaine par les altermondialistes
  • « L’Amérique ne peut résoudre seule les problèmes du monde» : Obama entérine le retour au multilatéralisme, d’autant que la crise des subprimes sape son pouvoir économique

*

*    *

Conclusion : Les États-Unis sortent du second conflit mondial avec les éléments d’une superpuissance, leader du monde occidental. Gendarme du monde, ils s’imposent militairement, politiquement, économiquement et culturellement. Progressivement, la puissance américaine se voit contester, à l’extérieur de son bloc mais aussi à l’intérieur. Si la décennie 1980 et la fin de la Guerre froide laissent supposer l’émergence d’une hyperpuissance – on parle alors de « fin de l’histoire » –, le nouveau désordre mondial impose progressivement aux États-Unis un multilatéralisme.

L’émergence de nouvelles puissances comme la Chine peut-elle contrarier profondément et durablement la place des États-Unis dans le monde ?

Voici les autres sujets corrigés du concours commun 2017