Questions contemporaines radicalités 2018: Peut on être à la fois radical et démocrate?

radical démocrate

Le sujet de questions contemporaines sur le thème des radicalités était peut être le plus difficile des deux. « Peut-on être à la fois radical et démocrate? » Il invitait à bien définir les termes du sujet. Nos enseignants, Jules Vidal et Alexandre Freu, vous proposent un corrigé.

 

Introduction:

Accroche :

« Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être ». Ainsi parlait Georges DANTON lors d’un discours à la Convention nationale le 9 mars 1793. Cette citation reflète l’aspect radical qui motive la Révolution française, l’idée même d’une radicalité comme essence humaine transparait à travers cette phrase. Cette revendication de la radicalité trouvera sa concrétisation la plus pure dans l’avènement de la Terreur avec Maximilien DE ROBESPIERRE.

 

Définitions:

Etre est un verbe de l’existence, cela signifie donc que la radicalité est un élément fondamental, de la personne, des groupes ou des idéologies en question. Cet aspect fondamental va commander des actions violentes parfois Cela va aussi aller avec la volonté d’imposer son idéal, son idéologie.

 

Ensuite être radical suppose l’existence d’un autre avec lequel on s’oppose, l’ego n’apparaît en effet que dans le cadre d’une opposition à autrui, et le « on » n’apparaît que dans le cadre d’une opposition à « eux ».

 

La démocratie peut se concevoir comme l’acceptation de la pluralité des opinions et de la participation dans le jeu politique. Le suffrage universel et la juste représentation politique y ont donc une place centrale. Il s’agit aussi de l’enracinement d’un État de droit et de la protection d’un certain nombre de droits fondamentaux. Est démocrate celui qui s’évertue à défendre et promouvoir tous ces différents éléments.

 

Le paradoxe du sujet est le suivant, peut-On porter des idées radicales tout en acceptant toutes les règles de la démocratie ? Il s’agit également d’analyser les antécédents historiques de ce paradoxe, dont on dérive la problématique suivante :

 

Problématique :

Si radicalité et démocratie semblent être des notions antinomiques, dans quelle mesure la société démocratique se construit-elle contre les radicalités dans un nécessaire renouvellement permanent ?

 

Partie 1 Être démocrate nécessite un rejet des formes d’expression radicales les plus violentes, néanmoins, historiquement, la démocratie a parfois eu besoin de radicalité pour se construire

 

Sous-partie 1A La construction de la démocratie nécessite parfois le recours à des positions radicales

 

Idée 1 la construction de la démocratie est la construction d’une structure sociale et politique promouvant l’apaisement

Développement : Norbert ELIAS, dans La civilisation des mœurs, analyse comment la construction de la société moderne se fait dans l’encadrement de la violence.

Illustration : Pierre ROSANVALLON dans Le sacre du citoyen, montre la construction politique du citoyen comme élément majeur.

 

 

Idée 2 Le mouvement révolutionnaire est à la base de l’idée même de radicalité en ce sens qu’il propose un retournement de l’ordre établi
Développement : François FURET dans Penser la révolution française en 1978, Révolution comme construction, fuite en avant radicale
Illustration : Jean BAUBEROT dans Histoire de la laïcité en France en 2017 , la radicalité religieuse se voit imposer une forme radicale de contrôle par l’Etat dans son premier seuil de laïcisation

 

Transition : la notion de radicalité semble être évolutive en fonction des évolutions politiques propres aux régimes démocratiques.

 

 

Sous-partie 1B Cette radicalité s’inscrit pourtant parfois dans la prise du pouvoir ce qui pose la question de la radicalité par essence ou par contexte

 

Idée 3 la prise de pouvoir des radicaux, achemine une évolution de la notion de radicalité
Développement : Albert THIBAUDET dans Les idées radicales en France paru en 1932, Le mouvement sinistrogyre, pousse les mouvements vers le centre avec leur accession aux responsabilités.
Illustration : Gérard BAAL dans Histoire du radicalisme paru en 1994 à On montre qu’en accédant aux responsabilités le parti radical se trouve d’abord recentré, d’autant que comparativement au programme de Belleville, les idéaux semblent atteints

 

Idée 4 être radical semble donc parfois nécessaire pour faire avancer la démocratie. Cette construction par la radicalité se poursuit avec la IIIe République et notamment le radicalisme. Développement : Le radicalisme est avant tout une radicalité politique avec Serge Berstein.

Illustration : Lutte contre l’anarchisme et ses attentats, menée par les républicains et les radicaux, on voit ici le rejet d’une radicalité qui ne respecte pas les principes de la démocratie

 

Transition : Cette notion de radicalité changeante implique que les radicalités s’opposent en s’adaptant à l’ordre lui même rendu mobile par le processus démocratique.

 

Partie 2 Les radicalités actuelles conservent une relation ambivalente avec la démocratie, tout en partageant un terreau commun

 

Sous-partie 2A Être Radical aujourd’hui peut se concevoir dans l’acceptation comme dans le rejet des règles démocratiques

 

Idée 5 L’opposition politique à l’ordre libéral à l’extrême gauche et l’extrême droite s’implante durablement
Développement : Dominique REYNIE dans Les nouveaux populismes paru en 2013, Permet de montrer l’émergence de mouvement populistes globaux, centrés sur la question européenne mais usant des codes démocratiques pour mettre en avant leurs idées

Illustration : Joël GOMBIN, Le Front national (2016)

 

Idée 6 En parallèle, le retour de la radicalité religieuse semble être l’autre pan d’expression des radicalités nouvelles qui rejettent quant à elles la démocratie
Développement : Gilles KEPEL dans La Revanche de Dieu en 1991, retour top-down et bottom-up de la radicalité religieuse des religions abrahamiques.
Illustration : Gilles KEPEL dans Terreur dans l’Hexagone (2015) à Djihadisme en France comme exemple le plus violent

 

Transition : l’émergence de ces radicalités répond à un système démocratique et sociale dont les imperfections permettent de donner un fertile terreau aux radicalités.

 

Sous-partie 2B Il convient de s’opposer à ces radicalismes divers sur plusieurs fronts pour préserver l’acquis que représente la société démocratique

 

Idée 7 Cette perturbation politique est la résultante d’une profonde crise sociale
Développement : Anne MUXEL et Jérôme JAFFRE dans Les cultures politiques des français en 2004 à On part de l’abstention « dans le jeu » contre « hors jeu » pour l’étendre à un concept global
Illustration : Christophe GUILLUY Fractures françaises en 2010 pour la partie « France périphérique » ; Eric MAURIN Le ghetto français en 2004 pour les banlieues

 

Idée 8 Le terreau social de la radicalité semble être la seule source commune du sentiment radical, être démocrate c’est avant tout lutter contre ce terreau
Développement : Paul LAZARSFELD montre la force destructrice du chômage dans Les chômeurs de Marienthal.
Illustration : Robert CASTEL montre l’absence de gratification économique et sociale dont sont victimes les travailleurs précaires, les poussant vers les radicalités

 

 

Conclusion :

Historiquement, être démocrate n’a pas forcément empêché d’être radical, les deux notions s’abreuvant l’une et l’autre. Les radicalités actuelles sont également marquées par cette dualité, adoptant la démocratie pour porter leur message ou à l’inverse la rejetant violemment. Cette évolution de la relation entre radicalité et démocratie amène la recherche de nouvelles réponses sur le terreau commun de ces radicalités.

Ouverture possible : L’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, semble avoir acté l’émergence d’un grand mouvement central, renvoyant la droite et la gauche à une opposition plus radicale de cet ordre défendu par le mouvement « En Marche », qui défend aussi la volonté de l’adapter. Cette évolution semble enfermer le corps électoral dans une défense de l’ordre établi d’une part, et des oppositions radicalisées en rupture totale de l’autre.

 

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