Corrigé sujet questions contemporaines sur la ville

sujet la ville et ses crises questions contemporaines

Notre professeur de questions contemporaines, Grégory Bozonnet, vous propose un corrigé du sujet sur la ville. Auteur de nombreux ouvrages de préparation à l’épreuve de questions contemporaines, il propose ici un travail qu’un élève pouvait réaliser dans un temps imparti relativement court, à savoir trois heures, en respectant la méthodologie propre à l’épreuve et à Sciences Po. Le sujet, « Les villes sont-elles en crise? », n’était pas déstabilisant pour la plupart des candidats. La qualité de l’intro, l’enchainement des idées, et les références faisant alors la différence. 

 

 

Introduction

« Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago de 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement ». Par ces mots, le sociologue Kenenth Clark évoquait, en 1968, les crises à répétitions que rencontraient les villes.

En effet, les villes, entendues comme des espaces où se concentrent la population pour vivre, travailler, consommer et se divertir, concentrent aujourd’hui, aussi, un certain nombre de problèmes faits d’inégalités et d’exclusions. Dans ce contexte, l’Etat intervient depuis plusieurs décennies pour tenter de pallier le problème notamment à travers des actions protéiformes regroupées sous l’étiquette « politique de la ville »

Dès lors, nous pouvons nous demander : en quoi semble-t-il aujourd’hui nécessaire de repenser les politiques de la ville pour faire face à de nouvelles crises renforçant les inégalités territoriales ?

Loin des crises, la ville a su attirer et se développer au fil du temps, elle a toutefois rapidement connu un ensemble de problématiques lié à la concentration de population, les réponses apportées dans un premier temps n’ont pas empêché le développement des crises des banlieues au début des années 80 (I). Par la suite, le développement de politiques de la ville n’a pas permis d’enrayer une crise devenue protéiforme, il semble aujourd’hui nécessaire de repenser ces solutions pour retrouver davantage d’égalité entre les territoires (II).

I. Du développement des villes à la crise des banlieues, la concentration de population en zone urbaine a souvent généré des crises.

A. La force des villes a tenu en leur capacité d’attractivité. Pourtant, rapidement la concentration urbaine a posé des problèmes sanitaires, sécuritaires et sociaux.

 

Idée 1 : La ville s’est rapidement développée ce qui explique une concentration de population sans précédent

  • Le candidat peut faire débuter son historique où il le souhaite de la Mésopotamie à la Révolution industrielle en passant par le moyen-âge, l’idée est d’expliquer que le succès des villes porte en lui les germes des crises à venir : la concentration des individus.
  • On utilisera pour cela des auteurs comme Butterlin, Delfante, Agulhon ou Le Goff.
  • On peut aussi évoquer l’attrait des villes avec des auteurs comme Durkheim, Tonnies ou Weber.

 

Idée 2 : La concentration urbaine a souvent été accompagnée par une concentration des problèmes sanitaires, sécuritaires et sociaux

  • Le candidat doit présenter ici l’ensemble des crises liées à la concentration des populations : concentration dans des habitants indignes, indigence, folie, prostitution, transmission de maladies…
  • Pour cela, il est intéressant d’utiliser un auteur comme Louis Chevalier et son ouvrage Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIXème siècle.
  • En guise d’illustration, de nombreux romans peuvent être utilisés, on peut notamment penser au travail de Zola (le ventre de Paris) ou aux Misérables de Victor Hugo.

 

 

La concentration urbaine, dynamisée par la révolution industrielle et les nouvelles libertés apportées par la ville, est allée de pair avec la concentration des problèmes urbains : chômage, indigence, épidémies mortelles comme celle de la peste ou du choléra. Dans ce contexte, l’Etat a mis en place une série d’actions qui n’a pas empêché l’avènement de nouvelles crises souvent considérées comme celle des « émeutes de banlieues ».

 

B. Dans ce contexte, les premières politiques ont été menées, elles n’ont pas empêché la naissance de la crise des banlieues à la fin du XXème siècle.

 

Idée 3 : L’Etat a pris en main cette question, en développant notamment des grandes politiques urbanistiques et en prenant progressivement en charge la question du logement social.

  • Pour correspondre avec l’angle de notre problématique, il est prévu d’insister sur le rôle de l’Etat face à ces crises pour ne pas parler que des crises. Ici, il faut parler des grandes politiques de Rambuteau et d’Haussmann ainsi que du développement du logement social de la loi Siegfried à l’âge d’or des logements sociaux.
  • Pour appuyer cet argument, la meilleure référence semble celle de Jacques Barou, La place du pauvre : histoire et géographie sociale de l’habitat H.L.M. (1992).

 

 

Idée 4 : Pourtant, les crises urbaines ne semblent pas avoir disparu, elles auraient même gagné en intensité dès le début des années 80.

  • Cette idée doit dépeindre ce que l’on appelle aujourd’hui les crises de la ville avec notamment l’illustration des émeutes de banlieues.
  • Il est à mon sens pertinent de parler ici de la « broken windows theory » de Wilson et Kelling ainsi que de nombreux travaux sur les problématiques urbaines, on pourrait penser à ceux de Julie Sedel ou de Louisa Plouchart.
  • Pour illustrer, le travail de Gérard Mauger sur les émeutes de 2005 semble le plus adapté.

 

 

Des crises de la ville connues avant l’avènement d’Haussmann aux émeutes de banlieue, la concentration urbaine semble avoir souvent été associée à la notion de « crise ». Les politiques de la ville développées depuis plus de trente ans ne semble pas réussir à endiguer ce phénomène, beaucoup d’intellectuels aspirent donc à les repenser en associant davantage les citoyens.

 

II. La naissance des politiques de la ville n’a pas endigué ces crises, il semble donc nécessaire aujourd’hui de les repenser pour retrouver davantage d’égalité entre les villes.

 

A. La naissance de la politique de la ville, n’a pas empêché de développer des « villes à trois vitesses » selon l’expression de Jacques Donzelot.

 

Idée 5 : La naissance de la politique de la ville a été pensée en réponse à ces crises.

  • Il s’agit ici de faire un point sur les politiques de la ville et ses multiples dispositifs depuis le début des années 80 (ZEP, ZUS, ZFU, ZSP,…).
  • Pour faire ce point, la meilleure référence est certainement le travail de Claude Chaline.
  • On peut illustrer avec le principe du renouvellement urbain (ANRU) et la réponse à la broken window theory.

 

Idée 6 : cela n’a pas empêché l’avènement de ruptures entre les différents territoires urbains

  • En s’appuyant sur la thèse de Donzelot, il s’agit ici de montrer l’avènement de trois villes (les métropoles grandes gagnantes, les banlieues et leurs problèmes, les villes moyennes et leur perte de vitesse).
  • On s’appuiera bien sûr sur Donzelot mais pourquoi pas sur les travaux de Guilluy et Davezies.
  • On peut illustrer avec les données de l’ONZUS (devenu ONDPV).

 

B. Face à ce phénomène, il semble urgent de repenser nos politiques urbaines pour trouver davantage d’équilibre dans la sphère urbaine.

 

Idée 7 : Repenser l’équilibre entre les territoires et la politique de la ville pour répondre à ces nouvelles crises de la ville

  • Il faut développer l’idée de nouveaux outils d’égalité dans les territoires (scolaire, santé, culture,…)
  • De nombreux auteurs peuvent être mobilisés des auteurs de la politique de la ville (Chaline, Donzelot,…) aux auteurs plus ciblés comme sur l’école (Dubet et Duru-Bellat par exemple).
  • Les illustrations ne manquent pas, on pourrait travailler avec l’ouvrage, comment la France a tué ses villes de Razemon.

 

Idée 8 : Pour trouver des solutions durables, la démocratie dialogique semble être la plus adaptée.

  • L’idée ici est de montrer l’importance d’associer les citoyens aux décisions qui les concernent.
  • On peut s’appuyer sur les travaux de Loïc Blondiaux, de Pierre Rosanvallon ou de Thierry Oblet
  • En guise d’illustration, les conseils de quartier semblent la meilleure idée.

 

Conclusion

La ville est par définition un lieu de concentration des individus. Cette concentration humaine, renforcée par l’attrait des individus pour des villes où ils peuvent s’épanouir et s’enrichir, est souvent allée de pair avec une concentration de problématiques sociales, sanitaires et sécuritaires. Dans ce cadre, l’Etat a été amené à intervenir pour apporter des réponses urbanistiques et sociales. Face au développement, de nouvelles problématiques depuis les années 80, ces politiques ont pris la forme de politiques de la ville dont l’efficience demeure contestée. L’idée de repenser ces politiques en y associant plus étroitement les citoyens semblent actuellement faire son chemin.

A l’instar de Callon, Lascoumes et Barthe, auteurs de Agir dans un monde incertain, on pourrait se demander si l’essor de cette démocratie dialogique ne pourrait pas résoudre d’autres problématiques comme en matière de sciences ou de désintérêt politique ?

 

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