Annale histoire corrigée concours commun IEP la puissance Chine populaire

puissance Chine

 

 

La Chine! ENFIN! Le sujet d’histoire du concours commun des IEP 2019 portait, enfin, sur la Chine. Les élèves attendaient ce thème depuis longtemps.

Mais ils s’attendaient certainement à un sujet bien plus compliqué. Il s’agissait en effet d’un intitulé type bac: « La République populaire de Chine, une puissance diplomatique et militaire (de 1945 à nos jours) ». Le bornage pouvait d’ailleurs surprendre, puisque la Chine ne devient une république populaire qu’à partir de 1949. Il est évident qu’un tel sujet contraste avec la plupart de ceux qui l’ont précédé, et qu’à première vue, un élève bien préparé, qui a passé un à deux ans à affronter les sujets les plus durs, se dit qu’il sera plus difficile avec celui-ci d’éliminer les touristes. Comment faire la différence dans ce cas?

 

Que le sujet soit simple ou difficile, les ingrédients du succès sont toujours les mêmes (en savoir plus ici). Avant toute chose, la qualité de l’expression. Les rapports de jury soulignent systématiquement que de nombreuses copies sont éliminées sur la qualité du français. La qualité de la définition des termes du sujet, l’explication du bornage, et la problématique, seront plus que jamais déterminantes. Savoir définir une puissance militaire et diplomatique. Comprendre que la Chine les obtient via sa puissance économique. Expliquer le terme « république populaire ». Ne pas se disperser à expliquer la révolution culturelle ou le grand bond en avant, qui n’ont que peu d’impact sur sa puissance diplomatique et militaire. Bien préciser que la Chine n’est une république populaire qu’à partir de 1949.

Il était difficile de se démarquer par le découpage chronologique de son plan. Si un élève voulait faire 2 parties, il pouvait couper en 1971 (ping pong), ou en 1964 (bombe). Mais au risque d’avoir des parties déséquilibrées. Sur un plan en 3 parties, on pouvait terminer la première en 1960, et la 2e en 1991 (ce que la plupart ont dû faire), ou bien en 2001 (plus original). Les dates césures étaient multiples, et par conséquent plusieurs plans étaient envisageables. Difficile de faire la différence par son découpage.

Quelques connaissances de qualité, que l’on ne voit pas dans la plupart des copies, pouvaient permettre de se distinguer…à condition que les yeux du correcteur arrivent jusqu’à elles. Elles sont un plus pour se démarquer et gagner un point ou deux, mais ne remplacent pas la qualité de l’intro et du français.

 

Voici humblement une proposition de plan détaillé de ce que l’on pouvait faire en 3h de temps, en adoptant un style synthétique, tel que demandé par les correcteurs.

 

INTRO

 

Accroche : « Une coopération saine entre la Chine et les États-Unis peut servir de ballast pour la stabilité mondiale et de moteur pour la paix dans le monde » Xi Jin Ping.

De part et d’autre du Pacifique, on considère aujourd’hui que le pivot des relations internationales se situe entre Washington et Pékin, et non plus dans le monde atlantique comme depuis la fin du Moyen-Âge.

Bornage :

1945, c’est la fin de la Seconde Guerre mondiale qui voit la fin de l’occupation d’une partie du territoire chinois par le Japon. Officiellement, la République de Chine compte parmi les vainqueurs de la guerre : elle figure parmi les puissances qui reçoivent la capitulation japonaise le 2 septembre 1945. Officieusement, la victoire extérieure marque la reprise de la guerre civile entre nationalistes et communistes, interrompue en 1937 pour lutter contre l’ennemi commun.

2015, c’est la Cop 21 qui montre que toute réussite d’une négociation climatique dépend de l’entente sino-américaine. La Chine est devenu la deuxième puissance économique mondiale et sa voix compte sur l’échiquier international, à tel point que les Etats-Unis commencent à se défier d’un partenaire commercial qui ne joue que partiellement selon les règles du libéralisme international.

Définition : Les quatre années de guerre civile qui s’écoulent à l’issue de la capitulation japonaise s’achèvent sur la fuite des derniers nationalistes sur l’île de Formose, devenue Taïwan. La Chine continentale devient la République populaire de Chine en octobre 1949. La logique de Guerre froide ne lui permet cependant pas d’exprimer librement sa puissance militaire et diplomatique, c’est-à-dire sa capacité à influer sur les événements internationaux et à imposer sa volonté hors de ses frontières. La tutelle soviétique levée bien avant l’effondrement de l’URSS, la Chine peut suivre sa propre voie de développement et construire une capacité d’influence conforme à sa doctrine diplomatique d’affirmation de sa souveraineté.

Problématique : Issue d’une occupation étrangère et d’une guerre civile, la République populaire de Chine recherche la puissance pour écarter de ses affaires toutes les puissances étrangères.

Annonce de plan : La Chine, au sortir de la guerre mondiale puis de la guerre civile, est un géant démographique communiste sous tutelle soviétique, voyant dans le tiers monde un moyen d’émancipation. Voulant s’extraire de la logique des blocs, elle rompt ensuite avec Moscou, et devient une puissance économique émergente après la mort de Mao. Depuis 2001, elle s’appuie sur sa puissance économique pour devenir une puissance diplomatique et militaire de premier plan.

 

 

I.         UN GEANT DEMOGRAPHIQUE COMMUNISTE SOUS TUTELLE SOVIETIQUE VOYANT LE TIERS MONDE ET LA MORT DE STALINE COMME UNE POSSIBILITE DE S’EMANCIPER

A. LA VOIE BALISÉE VERS LE COMMUNISME

– vainqueur de la seconde guerre mondiale

– En 1945, les Etats-Unis soutiennent les nationalistes du Guomintang. L’URSS et l’immense majorité de la population chinoise soutiennent le PCC de Mao, Tsou en Laï et Liu Shao Qi. La victoire du PCC et la proclamation de la RPC par Mao en octobre 1949 entraînent un repli du Guomintang à Taï Wan sous protection de la flotte américaine. La République populaire de Chine n’est pas reconnue, d’où l’occupation des sièges de la Chine à l’ ONU et dans les instances internationales par Taï Wan ! Les EU soutiennent également le Japon et la Corée du Sud, et s’opposent ainsi aux intérêts de la Chine continentale.

– Suite à la seconde guerre mondiale, puis la guerre civile, la Chine est à reconstruire. Sa situation matérielle et économique ne lui permet pas de peser dans les relations internatonales.

 

B. UNE CHINE SOUS TUTELLE

– A perdu son droit de véto au conseil de sécurité au profit de Formose

– Une aide technique (envoi d’ingénieurs) et matérielle pour la réussite dans les secteurs prioritaires

Pacte sino-soviétique de 1950

– Le bras armé de l’URSS en Asie

 

C. LA CHINE APPARAIT SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE ET PREND PROGRESSIVEMENT SES DISTANCES AVEC MOSCOU

 

– conquête du Tibet (1951) à d’où un début de tensions avec l’Inde

– Participation massive à la Guerre de Corée (1950-1953): 500000 « volontaires » commandés par Lin Biao + aide au Vietminh contre France (1950-1954) + incidents des Quemoy et Matsu avec Taï-Wan (1954-55)

 

– assiste à conférence de Genève sur Indochine et Corée bien que non reconnue officiellement par l’Occident (juillet 1954).

– Le Tiers Monde pour se libérer de la tutelle soviétique. Participation de la Chine à Bandoung (avril 1955) et aux « non alignés » + concurrence URSS / Chine pour la tutelle des PVD ( 1956 ). Rejet de la coexistence pacifique et de la déstalinisation décidées par N. Khrouchtchev. L’URSS fournit des armes à l’Inde dans son opposition frontalière avec la Chine.

 

II.        LA CHINE DE 1960 A 2001 ESSAIE DE S’EXTRAIRE DE LA LOGIQUE DES BLOCS, ROMPT AVEC MOSCOU, ET DEVIENT UNE PUISSANCE ÉCONOMIQUE ÉMERGENTE

 

A. UN CONFLIT OUVERT AVEC MOSCOU

– De la confrontation indirecte avec Moscou (affrontement diplomatique ouvert en 1960 lors du congrès du parti communiste roumain, critique du grand bond en avant, aide soviétique apportée à l’Inde, Mao accuse Khrouchtchev d’avoir reculé à Cuba)

– à la confrontation directe avec Moscou (gel des relations suite à la révolution culturelle, siège de l’ambassade soviétique à Pékin en 1967, redéploiement des troupes soviétiques à la frontière chinoise en 1968 à incidents frontaliers en 1969 et risque de guerre nucléaire).

– La rupture avec Moscou et le développement d’une voie maoïste

 

B. LA VOIE AUTOCENTREE DE DEVELOPPEMENT: L’AUTRE GEANT DU COMMUNISME

– Une Chine qui fait des émules à l’Ouest (Albanie, Sartre…)

– De la diplomatie du ping pong à la visite de Nixon. Récupération du siège au conseil de sécurité

 

– Reconnaissance par la France en 64

– Angola, Mozambique, Tanzanie, Khmers rouges

– L’accession à la puissance nucléaire (1964)

 

C. LES ANNEES 80 ET 90 PERMETTENT A LA CHINE D’EMERGER ECONOMIQUEMENT, MAIS ELLE NE PESE PAS ENCORE SIGNIFICATIVEMENT SUR LA SCENE INTERNATIONALE

– Les 4 libertés et l’ouverture économique (ZES). L’ouverture à l’économie de marché va lui permettre progressivement de tisser des liens diplomatiques et d’avoir les moyens de ses ambitions

– La reconnaissance officielle par les Etats-Unis

– Une normalisation progressive des relations avec Moscou

– Tian an Men, ou l’émoi de l’opinion internationale

 

 

 

III.      DEPUIS 2001, LA CHINE S’APPUIE SUR SA PUISSANCE ECONOMIQUE POUR PROGRESSIVEMENT S’AFFIRMER DIPLOMATIQUEMENT ET MILITAIREMENT

 

A. UNE PUISSANCE ECONOMIQUE ET DEMOGRAPHIQUE…

 

– La seule grande puissance communiste restante depuis 1991

– De puissance émergente à 2e économie mondiale

– L’usine et le banquier du monde

– Membre du G20 et de l’OMC

– IDE en Afrique noire (terres rares) et en Europe (Peugeot)

– 19% de la pop mondiale (1,3 milliards) malgré sa transition démographique

 

B. …QUI DEVIENT PAR CONSEQUENT UNE PUISSANCE MILITAIRE, DIPLOMATIQUE, VOIRE SPATIALE

– 2e budget militaire mondial (7 % dépenses mondiales, lancement porte-avions) qui inquiète ses voisins et les EU ==> incidents des Spratley et Paracels avec Taï Wan, Vietnam et les Philippines, tensions avec Taïwan et le Japon pour les îles Senkaku. Soutien maintenu à la Corée du Nord en dépit de ses « fantaisies » nucléaires (peu soucieuse d’avoir une Corée réunifiée à ses frontières)

– Rôle déterminant dans la COP 21

– JO 2008 et expo universelle 2010

– Alunissage du Lapin de jade 2013

 

C. LA PUISSANCE CHINOISE CONFRONTEE A DES LIMITES ENDOGENES

– peu de soft power, un PIB/hab et un IDH limités

– ralentissement de la croissance qui fait craindre une montée du chômage et des contestations

– Consommation d’énergie et de matières premières qui fait monter les cours mondiaux et handicape sa croissance

– Pollution effarante

– Vieillissement de la population (abolition de la politique d’enfant unique en 2015)

– Fortes inégalités sociales et spatiales

– Flux d’informations (Internet) et libéralisation économique peuvent rendre difficile le contrôle de la population

– Condamnation de sa politique au Tibet

 

 

Ouverture possible de la conclusion:

Le PCC est secoué par des scandales de corruptions. La place de la Chine dans le monde est elle conditionnée par le maintien ou l’implosion de son  régime politique ?